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Le rêve & la métaphore

L’homme évolue dans une relation de dialogue et de réciprocité avec un paysage profond, plus qu’il ne s’en souvient. La quotidienneté dans la ville diurne n’épuise pas les possibilités de la vie. Tout un monde de choses tues ou en puissance, agit presque physiquement sur l’homme au sein de la société ; c’est par la fréquentation du rêve que nous en avons le soupçon. Prendre la mesure cet invisible structurant pourrait s’apparenter au devoir du premier livre de Michaël V. Dandrieux.

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Image Hélène Builly

Apostille à une sociologie de l’invisible

❝ Comprendre le propre de notre culture passe par le fait d’en sortir, afin de mieux saisir ce qui en fait la singularité. Un voyage qui apprend la sédentarité. ❞  

— Stéphane Hugon

Lorsque les pères jésuites sont arrivés au Brésil, dans la seconde partie du XVIème siècle, et après le sentiment d’éblouissement de beauté qu’ils ressentirent au contact de cette nature si crue, ils furent immédiatement saisis d’une grande répréhension. Il était donc possible de vivre en dehors du royaume de Dieu, au ban de Rome, et d’échapper ainsi à ses catégories. Cet effroi est celui de la limite ; Corbin le redit dans son histoire des bords de mers, dont il rappelle qu’ils furent craints jusqu’au XVIIIème siècle, car ils matérialisaient la limite du monde, et ainsi l’aveu qu’il peut exister un au-dehors de la Création - preuve en est ses reflux colériques et ses tempêtes. La plage comme porosité avec un autre registre d’univers. Une extériorité de la société, un au-delà du monde, qui, d’emblée, rappelle, par contre-pied, le mystère des structures du dedans, les règles, les rouages, les répétitions, les automatismes de notre vieux monde. C’est aussi l’une des dynamiques de l’anthropologie, comprendre le propre de notre culture passe par le fait d’en sortir, afin de mieux saisir ce qui en fait la singularité. Un voyage qui apprend la sédentarité.

❝ A mi chemin des études de l’imaginaire, et de la psychologie des profondeurs, Michaël Dandrieux a ainsi retracé le sentier qui s’origine dans la quête des images primordiales, pour se déployer comme culture. ❞  

— Stéphane Hugon

Car saisir l’esprit du temps n’est pas aisé. Passé une fascination pour les lois mécaniques et causalistes qui, un moment, ont semblé constituer le fondement de la logique sociale – la recherche de la première nuit, dit M. Dandrieux -, l’on sait désormais que le mystère de la conjonction puise ailleurs. Et qu’il existe donc un intangible de la réalité sociale. C’est ici un élément fort du legs maffesolien : le réel est gros de l’imaginaire. Plus encore, l’imaginaire permet l’accès à la réalité, entendons ici l’idée d’un partage consensuel, et de là, un vivre ensemble. On pourrait donc en faire une sociologie.

A mi chemin des études de l’imaginaire, et de la psychologie des profondeurs, Michaël Dandrieux a ainsi retracé ce sentier, celui qui s’origine dans la quête des images primordiales, pour se déployer comme culture. Ce qui fait que le monde se tient, et que chacun de nous participe de sa réactivation, est un partage d’un trésor commun. Gilbert Durand rappelle ce processus de réactivations collectives qui donnent réalité sociale aux mythes et aux croyances, et inscrivent le sujet dans un espace à la fois vaste et intime. C’est par le rêve que Michaël Dandrieux a dessiné quant à lui cette filiation, car le rêve est cette forme du souvenir où l’homme se confond avec la mémoire. Il est désormais avéré que l’ordonnancement du monde est inventé, et qu’il n’y a de sociologie qu’invisible. Dandrieux en est l’un des passeurs.


Stéphane Hugon

Stéphane Hugon, PhD. est sociologue, il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Il est co-fondateur et dirigeant d’Eranos. Il est également enseignant à l’ENSCI et Invited Professor à la ECA de l'Universidade do São Paulo. Son travail porte sur les transformations du lien social et des usages des objets techniques sur les marchés européens et asiatiques.

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