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La barbarie dans les Cahiers européens de l'imaginaire

Le barbare est d’abord l’autre, dont l’incompréhension provoque l’éloignement, puis l’inférieur, si démuni que le simple fait de parler de lui l’enrichit. Le barbare est celui qui borde mon pays, mon voisin, avec qui je partage peut-être une brassée de terrain, ou les habitudes que ce terrain nous silencieusement imposées. On finit toujours par ressembler à ses ennemis : le barbare est aussi le cavalier qui m’oblige à inventer la lance. C’est celui que je ne comprends pas, et qui est peut-être déjà là, dans ma cité, dans la chambre d’à côté, parle une autre langue, enrichit ou corrompt la mienne. En italien, l’étranger est "celui qui vient de la forêt", du repli touffu et insondable de ma ville. Nous le raisonnons pour raisonner la peur, en séparant, sur des cartes, les villes des terres incultes (où sont les lions), en honorant nos rituels calendaires de déguisement et de singeries.

Image Hélène Builly

Michaël V. Dandrieux

Michaël V. Dandrieux, PhD. est sociologue, il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Il est co-fondateur d'Eranos, où il a en charge le développement stratégique des activités internationales. Il est également enseignant à Sciences Po et directeur éditorial des Cahiers européens de l’imaginaire (CNRS Editions). Son travail porte sur les rationalités apparemment irrationnelles.

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