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Eranos organise son séminaire 2018 à Grenade

La stratégie annuelle expose Eranos au danger, au temps perdu, à la dispersion. Mais c’est aussi par elle que viendront les nouvelles manières de résoudre les problèmes de nos clients.

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Photographies Eugénie Senlis

Les solutions aux problèmes qui nous taraudent se trouvent rarement juste devant nous. L’environnement physique et social que nous traversons tous les jours, où nous puisons nos idées, nos logiques et notre culture, a bien du mal à nous réserver des surprises. Si les solutions avaient dû s’y trouver, nous les aurions rencontrées depuis longtemps déjà.

Mais prenez un avion ou un train, tracez la route en voiture ou a vélo, débarquez dans une ville nouvelle, parlez à un inconnu ou dans une langue étrangère et de précieuses merveilles vous seront données. Manières de faire qui « marchent » mais ne vous sont pas coutumières. Modes de pensée performants mais pour vous impensables. Logiques exotiques et tout à fait fonctionnelles. Toutes choses par lesquelles nous est donnée l’occasion de questionner nos évidences. C’est l’une des dynamiques de l’anthropologie, dit une fois Stéphane : comprendre le propre de notre culture passe par le fait d’en sortir.

Ainsi, chaque année, Eranos délocalise les dernières heures de l’hiver : nous partons tous ensemble hors de nos murs, hors de nos habitudes, loin de nos dossiers et de nos trajets quotidiens, pour regarder Eranos de l’extérieur. Que faisons-nous là ? Quel est notre métier ? Que cherchent nos clients ? A quelles questions pressantes des marchés pouvons-nous tenter d’apporter un peu de recul ?

Après la neige de NYC et la brume de Venise, nous sommes en 2018 partis pour Grenade. Ville limite de l’Europe, ville mixte des barbaries multiples et des civilisations récupératrices, Grenade a donné corps au thème stratégique de notre année 2019 : le métissage.

Le métissage, à la fois le mélange et la ruse. Après avoir travaillé sur la délégation et la communication, Eranos se voue à s’hybrider avec finesse. Accueillir dans nos murs de la rue du Louvre, pour une heure, une semaine, plusieurs mois tous ceux qui voudront y venir. Recevoir et être reçus sur des thèmes surprenants. Intégrer des prestataires inattendus et être intégrés à des consortiums nouveaux. Ouvrir cette table de l’Eranos aux étrangers et aux expériences étrangères.

Le père Claudio Monge rappelle que “l’hospitalité est geste de compensation, de mise à égalité, de protection, dans un monde où l’étranger n’a originellement pas de place. (...) Pratiquer l’hospitalité signifie donc accepter de courir le “risque de l’accueil”.“ Toute l’équipe, dans la Sierra Andalouse, perchée sur l’Albaicín, prend donc le pari d’ouvrir la porte aussi à ce que nous ne comprenons pas.

Ce parti pris, qui consistait chez les grecs à laver les pieds des voyageurs avant de leur demander leur nom, expose l’entreprise au danger, au temps perdu, à la dispersion. Mais c’est aussi par là que viendront les nouvelles manières de résoudre les problèmes de nos clients.

Si nous ne possédons pas la réponse toute faite aux mutations des marchés qui atteignent la confiance, les échanges et les manières d’habiter l’espace, nous savons désormais les accueillir et leur donner de la place.

Reconnaître que d’un ailleurs fertile sont parties d’autres équipes, qu’elles nous cherchent avec leurs compétences, que leur expérience nous complète, c’est reconnaître que quelque chose, dans le monde, reste à découvrir. "Derrière l’acte de l’hospitalité il y a le sacré qui fait éruption".


Michaël V. Dandrieux

Michaël V. Dandrieux, PhD. est sociologue, il appartient à la tradition de la sociologie de l’imaginaire. Il est co-fondateur d'Eranos, où il a en charge le développement stratégique des activités internationales. Il est également enseignant à Sciences Po et directeur éditorial des Cahiers européens de l’imaginaire (CNRS Editions). Son travail porte sur les rationalités apparemment irrationnelles.